[JE LE VEUX !] ... (et je l'ai eu) : Serge magazine, numéro de lancement (cover story Camélia Jordana)


La scène se passe devant les rayons de mon marchand de journaux préféré (le 2e étage du Monoprix Boulogne, pour ne pas le citer). En ce début septembre, je me trouve là, penaude, indécise, fixant désespérément le présentoir de la section Musique. Après cinq bonnes minutes à chercher, scruter, feuilleter, un constat tout à fait tragique s'impose à moi : ce jour là, c'est avec un magazine féminin dans les mains que je me dirigerai vers la caisse. C'est un fait, et ça me fait un peu mal de l'admettre, mais je ne me reconnais plus vraiment dans l'offre actuelle proposée par la presse musicale française. Moi qui l'ai pourtant tant aimée. Et, pour être tout à fait honnête, ça fait un petit moment que ça dure, cette histoire.

Certes, il y a eu quelques retours de flammes, un regain d'intérêt, qui, de temps à autre, est venu raviver la passion des premiers jours. Il est de bon ton de dire que la musique, ça ne s'écrit pas, ça ne se commente pas, ça s'écoute, épicétout ! C'est bien connu, c'est ceux qui en parlent le plus qui en font le moins, mais c'est aussi ceux qui en parlent le mieux qui nous donnent envie de l'écouter, la musique. Ça a toujours fonctionné ainsi avec moi, en tout cas. D'aussi loin que je m'en souvienne, de l'époque où je chipais le Star Club de ma grande sœur pour y lire les coulisses du tournage du dernier clip de Madonna, La Isla Bonita, en passant par la découverte hebdomadaire de la rubrique musique de Cécile Tesseyre à la fin du magazine Télé 7 Jours, j'ai toujours lu la musique, autant que je l'ai écoutée.



Puis vinrent les années lycées/fac. Avec lecture intensive de Power (le fameux magazine réversible Sport vs Musique, t'en souviens-tu ?), L'Affiche, magazine culte fondé par Olivier Cachin, en passant par R&B magazine première version (ah les fameuses chroniques du Colonel Dawa !), Da Niouz, Soul/R&B (qui a lui aussi cessé sa parution au printemps 2009, après une dernière opération de relance, fin 2007) ou encore le feu Muziq, lancé dans les sillons de Jazzman et Jazzmagazine par l'éditeur Nemm, et stoppé lui aussi en 2009. Aujourd'hui, je me console, parfois, avec le magazine suisse Vibrations, dont la nouvelle formule a perdu son CD sampler et l'élégance de l'impression dos carré collé du début... Il y a aussi le très pointu Soul Bag, et ses dossiers/documentaires, étoffés et forcément très instructifs. Mais le titre s'adresse autant au fan d'Erykah Badu ou du son authentiquement Soul des Dap Kings qu'à l'amateur de Blues, ou au quinqua féru de Paul Personne ou d'Eddy Mitchell. On s'y perd...

Aussi, quand à la fin du mois d'août, nous avons reçu un mail nous informant de l'arrivée prochaine d'un nouveau magazine qui viendrait ainsi grossir les rangs de la grande famille (malheureusement décimée) de la presse musicale, notre curiosité a été piquée au vif, et notre enthousiasme galvanisé. Le petit dernier répond donc au prénom de Serge, et vient de naître, en cette fin septembre, de la passion commune et de l'audace qui anime deux "activistes" de la scène musicale française. D'un côté Patrice Bardot, rédacteur en chef du mensuel Tsugi (Detroit Média), de l'autre Didier Varrod, journaliste, programmateur musical (Les Francofolies, l'émission Ce Soir Ou Jamais sur France 3), documentariste et dénicheur de talents.



Comme son nom l'indique, sous forme d'hommage ouvert à Gainsbourg, "figure tutélaire de la chanson d'aujourd'hui qui inspire aussi rockers et rappeurs" (pour reprendre in extenso la formule utilisée dans l'édito de ce premier numéro), le bimestriel honore, magnifie, exalte la musique d'expression francophone. Je n'aime pas la variété française. Mais j'ai le goût de la chanson de qualité. L'émotion, à fleur de peau, d'une Pauline Croze, me touche, c'est indéniable. La personnalité d'une Élodie Frégé vue par Benjamin Biolay, fut un temps, aussi. Le Blues Folk érudit d'un Tété, naturellement, me renverse. Le timbre ténébreux d'une Loane, celui, plus lolitéen, d'une Cœur de Pirate, ont aussi su me séduire. Mais celle qui remporte tous les suffrages en la matière, et ceux qui me lisent régulièrement ne peuvent l'ignorer, c'est, évidement, Camélia Jordana.

Celle qui a dit "Non, non, non" est la première héroïne de Serge. Sous l'œil du photographe Benoît Peverelli, le probable "produit de l'année" (la question est posée) s'émancipe. Rock'n'Roll, glam', presque sexy, mais surtout, et tout simplement, jolie. Le portrait, brossé par Patrice Bardot et Didier Varrod réussit même le sacré tour de force de m'en apprendre encore un peu plus sur un sujet que je pensais pourtant maîtriser. Pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture, je n'en révélerai que deux spoils : que Camélia écoute (et retient) les sages conseils que lui promulgue un certain Oxmo Puccino, et que Babx, en une phrase, a réussi à résumer tout le bien que je pense de la demoiselle depuis ce fameux soir de mars 2009 : "Elle a tous les âges dans la voix".



Ce que j'aime de Serge, c'est aussi, comme le suggère sa baseline (i.e "Là où les chansons se rencontrent"), sa volonté d'offrir une tribune à toute la musique francophone, tant que la musique est bonne, comme dirait l'autre. Camélia Jordana en produit d'appel mainstream, mais aussi l'Electro de Justice, par le biais des confidences de Xavier de Rosnay, et, ce qui a retenu mon attention, la large place accordée au Rap français. Il était temps pourrait-on dire, mais comme je préfère voir le verre à moitié plein, je vais plutôt prendre le parti de m'en réjouir. Il y a peu, rappelons le, un certain "polémiste" très médiatique taxait le rap de "Sous-culture d'analphabètes" sur l'antenne d'une chaîne du Service Public. Les temps changent, comme dirait Laarso. On appréciera ainsi de lire, dans les colonnes de Serge, une enquête de Jean-Baptiste Vieille intitulée "Le Rap est-il soluble dans la chanson française ?". Ou encore les coups de cœur littéraire de Disiz Peter Punk, même s'il n'est plus rappeur, parait-il...

Pour être tout à fait complète et objective, Serge ne sera probablement pas le magazine qui me fidélisera à nouveau avec la presse musicale (que je picore désormais plus que je ne la consomme de façon régulière), mais, dans un marché de niche sclérosé, son arrivée créera, je l'espère, un appel d'air salutaire, une nouvelle dynamique et pourquoi pas, l'envie pour moi d'y replonger, avec ou sans Camélia Jordana.

Pour aller plus loin, à lire également, l'arrivée de Serge saluée par L'Humanité et Le Point.

Serge, sur le net : serge.fr, Facebook, Twitter et myspace et en kiosque : 5 euros.

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