Médine "Arabian Panther" (Medine review + audio stream) + video "Self Défense" + interview


"La panthère a été choisie comme emblème parce que c'est un animal noir et magnifique qui n'attaque pas mais se défend férocement" et comme un hommage aux Black Panthers de l'époque, trop souvent diabolisés, Médine a choisi de donner le nom de "Arabian Panther" à son nouvel album. Retour sur ce rappeur havrais de 25 ans qui est loin d'en être à son premier essai. Médine, de son vrai nom Médine Zaouiche, est un membre actif du label DIN Records qui abrite entre autres le collectif La Boussole dont le rappeur fait également partie avec le groupe Bouchées Doubles. Il a déjà 3 albums à son actif avec La Boussole et 3 albums solo : "11 septembre, récit du 11eme jour", "Jihad, le plus grand combat est contre soi-même" et "Table d'écoute". Il a également sorti une tape en même temps que sa tournée du même nom "Don't panik Tape".

Ci-dessous : Médine feat. Nneka : "A l'ombre du mâle"


Avec pour intro l'explication de la "panthère" des black panthers et l'extrait du film Malcom X "je ne prêche pas la haine, je prêche l'amour, je ne vous parlerais pas si je ne vous aimais pas", Médine donne le ton dès le premier titre de l'album "Self Défense", titre dans lequel il essaie une nouvelle fois d'éveiller les consciences "n'oublie pas ton histoire ou bien le monde t'oubliera". Ce morceau résume bien également sa détermination pour lutter contre les injustices et les inégalités : "baisser les bras ne se fera que sous la pierre tombale". Et au cas où l'auditeur s'y tromperait, il précise que "c'est pas du gangsta rap".

L'album suit son chemin avec son "Peplum" qu'il dédie à tous ceux susceptibles de l'écouter, tous aussi différents soient-ils avec de nombreuse référence à la Grèce antique et au cinéma : "C'est pour les Macsimus en air max, les Cleopatre en tailles basses", "pour les jedi en djelaba", "nos destins sont des longs métrages sans remise de Cesar".

Dans ce nouvel opus, Médine se livre plus que dans les précédents, il ose même davantage les titres en "je", mais toujours de manière très imagée, voire parfois de manière ironique. Ainsi, il nous dresse son "Portrait Chinois" : "si j'étais un homme politique, je serais Mandela...", sans pour autant oublier de dénoncer "Mandela, oublie par l'Amnesty". Ceux qui l'écoutent depuis longtemps savent qu'il jongle avec les effets de style comme personne dans le but de provoquer mais surtout de faire réfléchir : "Si j'étais Bush, je serais un staff avec un femur d'irakien dans la bouche". On l'imagine tout à fait, non ?

Dans "RER D", le rappeur revient sur les calomnies d'une jeune femme qui, en juillet 2004, s'était mutilée en dessinant des croix gammées sur son corps et avait porté plainte en faisant croire qu'elle s'était faite agressée par des hommes qui la pensaient juive. Médine dénonce ici le manque d'objectivité de la part des journalistes "à aucun moment, le conditionnel n'est employé". Il nous offre à la fin ce qu'il pense de cette affaire sous forme d'interrogatoire "de la vengeance dans un costume d'innocence" et il incite la presse à publier des démentis pour chaque affaire similaire. Et quand on lui demande ce qu'il pense de l'antisémitisme, il répond que "c'est un cancer, tout comme l'islamophobie".

Médine pèse toujours le pour et le contre, soigne ses écrits, le choix de ses mots pour être le plus objectif possible. Aussi, il refuse les assimilations, les idées reçues et fait des recherches approfondies sur chaque thème qu'il aborde.

Il rassure dans "Don't panik" en essayant d'éradiquer la xénophobie et les clichés à coup de phrasés acerbes : "Aucun entrax dans mes chronoposts", "Don't panik, j'arrive pour formuler nos intentions", "Banlieusard de ta ville, dis-leur don't panik, africain de ta peau dis-leur don't panik". Il conclut sur une reprise du refrain de Rick Ross "Everyday I'm hustlin" qu'il a remixé en "Everyday I'm muslim".
Il faut savoir que "Don't panik" était déjà une expression utilisée par le rappeur lors de sa précédente tournée : le "Don't panik tour" mais aussi le nom de son street album et des t-shirt pour en faire plus qu'un simple concept, une vraie philosophie.

Toujours respectueux des femmes, il leur dédie une ôde dans "A l'ombre du mâle" : "A l'ombre du mâle se cache le bien, à l'ombre du félin, tu trouveras son féminin", cette phrase résume parfaitement le thème de ce titre accompagné au refrain de la chanteuse/rappeuse Nneka (la classe!). Il en profite pour remettre les pendules à l'heure "si t'as mordu à la cédille de Koxie, je t'affirme qu'on n'a pas tous l'esprit au niveau du coccyx".

Tel un poète, Médine nous récite son "Pantherlude : ils peuvent..." avant de nous offrir le quatrième épisode de son cultissime "Enfant du destin" dans lequel il rend hommage cette fois à Kounta Kinté. Il nous propose ensuite un "Panther Blues" où il compare l'homme et les animaux : "l'homme le pire des compères" [...] "aucun animal n'envoie son adversaire au cimetière, l'homme est le pire frère" en featuring avec le rappeur Tiers Monde.

Toujours dans les revendications et les dénonciations, Médine nous livre un hymne à... sa barbe dans un titre très bien pensé et écrit "Code barbe".

Le rappeur s'essaie à la fiction dans "Camp Delta" en mettant en scène l'enlèvement de trois personnalités parmi les préférées de France : Zidane, Yannick Noah et Johnny Hallyday. Il s'imagine alors ce que cela donnerait si ces trois personnes emblématiques étaient emprisonnées à Guantanamo mais que l'on soit clair, il le fait dans un but précis : éveiller davantage les consciences sur ce qu'il se passe là-bas "petite histoire d'un rappeur consterné, le plus dur étant de se sentir concerné alors je parle de prisonniers islamiques derrière un masque représentant les symboles démocratiques".

"Besoin de révolution", premier extrait de ce quatrième album, a pu rappeler aux aficionados son "besoin de résolution" mais Médine s'y attendait alors il précise : "besoin de remplacer le S par le V" dans un titre revendicatif "besoin d'un homme politique boulevard Auriol".

Il conclut par le titre le plus spirituel de l'album "Arabospiritual" : "dans les récits prophétiques, j'ai trouvé mon équilibre", "elle est mon garde-fou, celle qui garde au garde-à-vous, mon garde-boue quotidien", "Médine, j'habite à 5 000km de cette ville mais l'écho de son histoire résonne en moi comme un missile, comme une bénédiction, une sorte d'armure invisible" et où il retrace son parcours "Aucun ancien ne nous a pris sous son aile", "les magazines se décident à nous citer" et fait de nouveau référence à Malcom, Luther King, Massoud, et tous ses "kings" qu'il respecte.

Vous l'aurez peut-être compris, je suis totalement fan de ce rappeur qui est, pour moi, le plus respectable du rap français. Dans cet album, il est une nouvelle fois fidèle à lui-même et aux siens (Proof, toujours à la prod). Il nous sert donc une nouvelle fois des titres soignés. Je dis souvent qu'écouter Médine, c'est comme lire le Courrier International (et c'est un compliment pour moi !) = une vision mondiale et surtout empathique car ici, il n'y a qu'un seul auteur et c'est aussi lui le rédacteur en chef !



J'oubliais, ne vous inquiétez pas si le livret de l'album commence par la fin, il a été rédigé de gauche à droite sur le modèle de l'écriture arabe. Et sachez également que l'album est disponible en édition limitée avec un t-shirt et un poster !

Edit 01/12/08 :

Clip "non officiel" pour le titre "Self Défense" :



Interview de Médine pour Rap2K :




Sources : Rap2K, Skyblog Médine

4 commentaires:

  1. Emily a dit…:

    Et bah, après une critique aussi complète, tu m'as bien donner envie de l'écouter (et de le lire aussi !)

  1. S.elmagnifico a dit…:

    Salut à toi. Belle critique ! L'album est effectivement une réussite même si j'y mettrais quelques bémols.

  1. Eléa a dit…:

    coucou,
    je voulais te dire que j'aime beaucoup l'article que tu as fait sur lui que je trouve magnifique. cela fait longtemps que je l'admire, j'ai ecouter tous ces albums notamment sur deezer, et je n'ai jamais ete decu que ce soit par les melodies ou par les textes que je trouve toujours hors du communs.
    En te souhaitant bonne continuation.

    P.S.: si tu souhaite me repondre ou en discuter je te laisse mon blog. au revoir =)

  1. sarah a dit…:

    J'ai découvert récemment cet album
    Et le titre le plus marquant pour moi c'est "portrait chinois"
    Rien que l'instru elle incite au voyage, un peu oriental (Asie) elle met vraiment le texte en valeur.
    Qui certes est très imagé, mais ce que j'aime c'est la référence à l'histoire, on voyage un peu dans l'histoire aussi.
    Parce que je trouve que dans le rap français on ne fait pas beaucoup référence à notre histoire et à l'Histoire en général, pourtant l'histoire est d'une grande aide pour analyser la situation actuelle.

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